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La guerre dans l'ouest : campagne de 1870-1871

Chapitre 2

Source : L. Rolin. Image

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boite verte Premières entreprises des fourrageurs ennemis après l'investissement de Paris.

Les premiers partis ennemis qui envahirent l'Ile-de-France et la Normandie étaient des détachements de l'armée de la Meuse.
Dès que l'armée du Rhin fut enfermée dans Metz, les Allemands virent bien qu'il leur serait possible de la contenir avec moins de forces qu'ils n'en avaient déployé jusque-là; c'est pourquoi le 19 août, le lendemain même de la bataille de Saint-Privat, ils formèrent une IVe armée, qui reçut pour mission de marcher à la droite de celle du prince royal et d'opérer de concert avec elle.
Cette nouvelle armée, qui se composait de la garde prussienne, du IVe corps, du XIIe (Saxons), des 5e et 6e divisions de cavalerie, prit le nom d'"armée de la Meuse" et fut placée sous les ordres du prince royal de Saxe : c'était une manière adroite de gagner les Saxons, de leur faire oublier Gitschin et Konigsgratz, et de tâcher d'effacer les souvenirs qu'a laissés parmi eux la campagne de 1866.
Après avoir servi de pivot à la conversion qui eut pour résultat d'envelopper à Sedan le maréchal de Mac Mahon, l'armée de la Meuse, conjointement avec celle du prince royal de Prusse, se dirigea sur Paris aussitôt après la capitulation.

D'après le plan adopté par le grand quartier général prussien pour l'investissement de Paris, l'armée de la Meuse dut occuper la rive droite de la Seine et de la basse Marne, et chacun des corps qui la composaient resta jusqu'à la fin du siège dans les positions qui lui avaient été assignées dès le début.
Le IVe corps sur la rive droite de la Seine, entre Chatou et Epinay, quartier général à Soisy; la garde déployée dans la plaine qui s'étend au nord de Saint-Denis, entre Montmagny et le Blanc-Mesnil, quartier générai à Gonesse;
le XIIe corps, depuis Aulnay jusqu'à la rive droite de la Marne, occupant la forêt de Bondy, quartier général au Vert-Galant.
La 5e division de cavalerie prit position entre Poissy et Neauphle, quartier général à Saint-Nom-la-Bretèche;
la 6e division entre Neauphle et Chevreuse, quartier général à Mesnil-Saint-Denis; la brigade des uhlans de la garde, établie à Argenteuil, se tenait en communication à Saint-Germain avec la 5e division de cavalerie.
Le quartier général du prince de Saxe fut établi le 19 septembre au grand Tremblay, et le 12 octobre à Margency.

Pour fermer le cercle d'investissement, les positions de la IIIe armée allemande étaient les suivantes:
la division wurtembergeoise sur la rive gauche dela Marne, entre Noisy-le-Grand et le chemin de fer de Lyon;
le VIe corps sur les deux rives de la Seine, observant la boucle de la Marne, la plaine d'Alfort et les hauteurs de Villejuif, jusqu'au chemin de fer de Sceaux;
le IIe corps bavarois sur les deux rives de la Bièvre et les plateaux de Châtillon;
la 21e division à Ville-d'Avray, Sèvres, Meudon, Clamart;
le Ve corps dans la région accidentée qui s'étend entre Saint-Cloud et la Malmaison.

Une fois le blocus de Paris organisé le grand quartier général prussien s'occupa de le protéger extérieurement par une sorte de seconde ligne d'investissement, tournée en sens inverse, et ayant pour but de s'opposer à toute tentative de nos armées de province pour secourir la capitale.
Les quatre divisions de cavalerie allemande rayonnèrent aussitôt à l'extérieur de ce cercle pour éclairer le pays, disperser les rassemblements, désarmer les habitants, et surtout pour assurer le ravitaillement de leur armée de siège.

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En campagne, le soldat allemand porte ordinairement dans son sac une journée de vivres, qui n'est consommée que quand les réquisitions n'ont pu être faites et que les ressources locales sont insuffisantes.
Chaque division est suivie, à une journée de marche, par une colonne de vivres : Feld-proviant-colonne, qui marche non sur la même route, mais sur une route parallèle, afin d'éviter tout encombrement et tout retard; cette colonne porte un approvisionnement de plusieurs jours, ménagé et renouvelé avec soin et ne servant que pour les concentrations extraordinaires qui précèdent ou suivent les grandes batailles.
Les Allemands possèdent en outre des fours roulants de campagne, et, en cas de nécessité, la farine peut être rapidement transformée en pain.
Ce sont ces dispositions qui donnent aux troupes allemandes une grande mobilité.
A la guerre, les Prussiens n'ont rien inventé, mais ils ont presque tout fait progresser, à l'exception toutefois du droit des gens.
Leur système d'alimentation est celui de Napoléon Ie.
Leurs états-majors sachant se servir de toutes les voies de communication, multiplient le nombre des colonnes, conduisent les troupes par les chemins vicinaux, au besoin à travers champs, et laissent les grandes routes aux bagages, aux équipages de ponts, aux services du transport et du matériel, et aux autres impedimenta;
en un mot, ils savent se servir non-seulement d'un chemin de fer, mais encore d'une route, et ils y font passer quatre fois autant de troupes que nous dans le même temps, sans croisement, sans allongement de colonnes et sans désordre.
C'est dans cet art de conduire leurs troupes, où les Prussiens apportent beaucoup de méthode, d'ordre et de précision, qu'il faut voir, à notre avis, une des principales causes de leurs succès. coche verte

Depuis leur départ de Metz, les Allemands, marchant sur un front très étendu, traversant des contrées riches dont ils connaissaient aussi bien que nous les ressources, vécurent exclusivement sur le pays, et le soldat ne toucha pas à la journée de vivres de réserve qu'il portait dans son sac : Die Verpflegung der truppen erfolgte lediglich durch Requisitionen.
Mais en arrivant près de Paris, ils furent obligés de se concentrer, et, en outre, ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le vide avait été fait à une certaine distance autour de la capitale.
A dix lieues à la ronde, il leur fut impossible de trouver, à l'exception du vin, des provisions de quelque importance.
Ils furent donc forcés d'entreprendre de petites expéditions, de se contenter de ce qu'ils pouvaient arracher aux habitants, et ils avouent aujourd'hui qu'à cette époque leur armée vivait au jour le jour : So lebte die Armee aus der Hand in den Mund.
Jusqu'à la capitulation de Toul, ils ne pouvaient espérer de se ravitailler au moyen de convois venus directement d'Allemagne, et, même après la chute de cette place, la voie ferrée qu'ils rétablirent ne servit guère qu'au transport de leur parc de siège, de leurs munitions et de leurs troupes de remplacement;
aussi leur premier soin, une fois l'investissement achevé, fut d'organiser autour de Paris un vaste système d'impitoyables réquisitions.
Chose digne de remarque, l'intendance française, au contraire, n'a eu recours à ce moyen qu'avec la plus grande répugnance, elle n'a jamais voulu s'écarter des habitudes de la routine, elle a rarement essayé d'acheter sur place, et elle a continué son exclusif et désastreux système d'emmagasinage.
Un des membres les plus distingués de ce corps dénonçait, il y a quelques années, comme une illusion et une chimère, l'idée de faire vivre sur le pays le plus riche une armée réunie de deux cent mille hommes pendant un mois seulement.
Les Allemands ont fait de cette chimère une dure réalité; le problème a été résolu à nos dépens, et l'intendance française, qui est chargée de liquider les réquisitions, pourra savoir dans quelle proportion l'ennemi a vécu sur notre malheureux pays.
Dans tous les cas, elle fera bien de profiter des leçons de l'expérience, et de renoncer à des traditions surannées qui ont fait que, dans la dernière guerre, elle est restée complétement au-dessous de sa tâche.
Pour assurer leur ravitaillement, les Allemands établissent à Corbeil, à Saint-Cyr, à Chantilly, de vastes magasins d'approvisionnements qu'ils s'efforceront de maintenir constamment pleins, et c'est pour cela qu'ils vont lancer leurs divisions de cavalerie dans toutes les directions.
La Beauce, le Beauvaisis, le Vexin, ces plaines riches et fertiles sont ouvertes aux excursions de leurs fourrageurs, où nous allons les suivre successivement.

Partie le 17septembre de Nanteuil-le-Haudouin, la 5e division de cavalerie prussienne (général-lieutenant de Rheinbaben) avait passé par Pontoise, franchi la Seine à Triel, s'était avancée le 19 entre Poissy et Neauphle, comme on l'a dit plus haut, et avait mis son quartier général à Saint-Nom.
A peine établie dans ses positions et le cercle d'investissement fermé, cette division entreprit des expéditions fréquentes sur la rive gauche de la Seine où nous la verrons opérer pendant toute la durée de la guerre.

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boite verte Pointe de la brigade de Bredow sur la rive gauche de la Seine : Rencontre d'Aulnay-sur-Mauldre;
incendie de Mézières; apparition de l'ennemi à Mantes (22 septembre)

Dès le 21 septembre les premiers éclaireurs de la 12e brigade (général-major de Bredow), des uhlans du 16e régiment , s'avancèrent dans la direction de Mantes.
A leur approche, le maire de Mézières avait fait charger sur des voitures les fusils de la garde nationale, afin de les soustraire à l'ennemi; sur ces entrefaites, les cavaliers prussiens font irruption dans le village, s'emparent des armes et les consignent au maire, en lui faisant jurer de les conserver à leur disposition jusqu'au lendemain.
Dans la matinée du 22, à l'heure dite, ils reviennent pour les emporter; mais dans l'intervalle elles avaient été enlevées par une quarantaine de francs-tireurs de Mantes et des environs.
Ceux-ci, embusqués à l'entrée du village, font feu sur les deux premiers uhlans qui se présentent, les blessent mortellement, et s'enfuient à toutes jambes, tandis que les autres cavaliers tournent bride.
Le soir l'ennemi revient en force; le général de Bredow en personne, à la tête d'une colonne de cavalerie et d'artillerie appuyée par un détachement d'infanterie bavaroise , se dirige sur Mézières.

point rouge RENCONTRE D'AULNAY-SUR-MAULDRE :

En passant à Aulnay-sur-Mauldre, une reconnaissance du 13e régiment de dragons du Schleswig-Holstein essuie la décharge de quatre francs-tireurs venus à la découverte.
Les francs-tireurs, qui ont blessé un dragon , expient chèrement cet exploit : attaqués par l'avant-garde ennemie, deux d'entre eux sont tués sur place, un troisième est blessé, et le quatrième seul peut s'échapper sain et sauf.
Le général de Bredow continue sa route, et vers quatre heures il prend position à peu de distance de Mézières.
Une patrouille y pénètre, arrête le maire et le traîne devant le général, qui le somme de lui fournir des explications.
Pendant ce temps trois uhlans poussent jusqu'à l'autre extrémité du village, et y rencontrent deux francs-tireurs attardés, qui, surpris eux-mêmes, s'enfuient après avoir déchargé leurs armes.
Au bruit des coups de feu, le général de Bredow ne veut plus rien entendre; c'est en vain que le maire essaye de se justifier, accablé de coups et foulé sous les pieds des chevaux, il ne doit son salut qu'à la fuite.

point rouge INCENDIE DE MÉZIÈRES :

Pendant une heure, le malheureux village de Mézières, rendu responsable d'une rencontre que ses habitants ne pouvaient empêcher, est canonné et criblé d'obus; puis, après que l'ennemi l'a traversé pour continuer sa route sur Mantes, son arrière-garde, la torche à la main, y met le feu : une soixantaine d'habitations sont la proie des flammes.

point rouge APPARITION DE L'ENNEMI A MANTES (22 septembre) :

A cinq heures, le général de Bredow est aux portes de Mantes.
Après y avoir lancé une douzaine d'obus, il lâche sur la ville l'infanterie bavaroise du 2e régiment "Prince royal" , qui saccage les deux gares, tue ou blesse plusieurs employés du chemin de fer, et emmène les autres comme otages.
La population affolée s'enfuit jusque dans les bois de Rosny; le lieutenant-colonel Mocquard, commandant le régiment des éclaireurs de la Seine, arrivait en ce moment et s'apprêtait à courir à l'ennemi on le supplie de renoncer à une attaque dont le résultat serait d'attirer sur la ville les mêmes représailles qu'à Mézières, dont l'incendie embrase l'horizon.
Après cette courte mais terrifiante apparition aux portes de Mantes, le général de Bredow retourne dans ses cantonnements en traversant les ruines fumantes de Mézières à moitié détruit.
Le lendemain, en déblayant les décombres, on trouva sous les ruines de la même maison six cadavres étroitement entrelacés : le père, la mère et quatre enfants avaient péri asphyxiés dans les flammes.
Toute une famille avait été la victime de ces horreurs, dignes des temps barbares.

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boite verte Marche des détachements prussiens et saxons sur la ligne de l'Oise

Sur la rive droite de la Seine, l'armée de la Meuse avait établi ses magasins à Chantilly.
Pour les remplir et les protéger, elle s'empressa de faire occuper Creil.
Ce point stratégique, qui est le nœud de plusieurs embranchements de chemin de fer rayonnant en forme de patte d'oie sur Compiègne, Clermont, Beauvais et Pontoise , était naturellement désigné, et déjà l'ennemi l'avait fait reconnaître par ses flanqueurs.
Dès le 15 septembre, Creil et Chantilly avaient été visités par des détachements de la 6e division de cavalerie qui occupait alors Senlis.
L'invasion de la gare de Creil fut accompagnée de circonstances assez curieuses, qui ont été relatées dans un intéressant travail sur le chemin de fer du Nord pendant la guerre.
Bien que la cavalerie ennemie fût signalée, on ne l'attendait pas si tôt, et des machines remorquant des fourrages arrivaient de Beauvais; tout à coup les uhlans débouchent par la route de Senlis, font feu sur le train arrivant, envahissent la gare des marchandises, s'emparent du matériel, fouillent et dévalisent les caisses de la grande et de la petite vitesse.
Ils étaient guidés dans cette opération par un ancien employé de la Compagnie du chemin de fer du Nord, allemand d'origine, qui, congédié quelques mois auparavant, s'était vanté "d'avoir travaillé pour le roi de Prusse".
Il s'était en effet livré, pour le compte de ce monarque, à des études très approfondies sur les divers services du chemin de fer; il savait dans quelles conditions se trouvait le réseau du Nord il connaissait tous les détails du service, et jusqu'au chiffre moyen des recettes journalières.
Nos ennemis ne manquèrent pas de mettre à profit ces précieuses connaissances.
C'est ainsi que nous nous croyions envahis depuis quelques semaines seulement, quand en réalité l'invasion remontait à plusieurs années; depuis longtemps l'Allemagne avait lancé sur la France ses nuées d'employés et de commis, de pionniers et d'enfants perdus, qui avaient levé les plans de nos places fortes, étudié nos positions stratégiques, nos voies de communication, nos ressources et notre statistique; puis, au jour de la déclaration de guerre, elle avait rappelé à elle cette avant-garde d'espions qui avaient éclairé au loin dans notre malheureux pays la marche de ses troupes, et qui allaient les guider jusque sous nos toits domestiques.

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boite verte Occupation de Creil

Visitée plusieurs fois depuis le 15 par les patrouilles ennemies, la ville de Creil ne fut occupée à demeure que le 23 septembre, par un détachement de réquisition venu de Chantilly, sous les ordres du capitaine de Massow, et composé de deux pelotons de cuirassiers et d'un piquet d'infanterie appartenant au corps de la garde prussienne,.
Le premier soin de l'ennemi en entrant à Creil fut de désarmer les habitants et de briser leurs fusils; sa présence excita dans la ville et dans les localités voisines de la vallée de l'Oise un soulèvement qui, s'il avait été secondé, aurait amené l'anéantissement certain des premières colonnes réquisitionnaires mais le département, évacué par l'autorité militaire, était alors dégarni de troupes, au grand désespoir des habitants.

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boite verte Rencontre de Laigneville

Le 25 septembre, un petit détachement d'un piquet de dragons, et d'une escouade de fantassins, s'avança de Creil jusqu'à Laigneville, sur la route de Clermont, pour y faire des réquisitions.
La présence de ces fourrageurs répand aussitôt l'alarme et fait naître l'exaspération chez les habitants de Liancourt; bien que désarmés par l'ennemi depuis quelques jours, ils s'emparent de fusils de chasse et de fourches, et mettent à leur tête M. le duc de la Rochefoucauld, un ancien colonel de cuirassiers français qui, rendu à la retraite, était loin de s'attendre à diriger un jour cette chasse contre les cuirassiers prussiens.
Mais, ainsi qu'il arrive souvent dans ces battues, les plus pressés se firent voir, les Prussiens prirent l'éveil, et s'apercevant qu'on cherchait à les tourner, déguerpirent au plus vite en abandonnant leur convoi.
Ils furent poursuivis jusqu'à Nogent-les-Vierges, et comme le détachement de Creil s'avançait pour recueillir ces fuyards, son avant-garde fut saluée par une fusillade qui blessa un cheval et fit tourner bride au reste de la troupe.
Le capitaine de Massow, redoutant sans doute l'approche de forces supérieures, s'empressa d'évacuer Creil, emmenant le maire comme otage, et se retira par la route de Chantilly sur les hauteurs qui dominent la ville; il n'y rentra qu'avec deux compagnies du 2e régiment à pied de la garde prussienne, envoyées comme renfort sur ces entrefaites.
Les habitants de Clermont, de leur côté, n'avaient cessé de réclamer depuis plusieurs jours près de l'autorité militaire pour obtenir un envoi de troupes qui vinssent les appuyer: dans la soirée du 25 septembre, ils virent avec satisfaction arriver dans leur ville environ 1200 hommes du 3e bataillon des mobiles de la Marne (commandant de Breuil), envoyés d'Abbeville par le chemin de fer.

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boite verte Rencontre de Liancourt; occupation de Chantilly et de Senlis (26 septembre)

Ce secours ne leur fut pas inutile quand, le lendemain, l'ennemi revint en force sur Liancourt : un peloton de cuirassiers, un escadron du 18e régiment de uhlans saxons et un détachement d'infanterie, traînant à leur suite une cinquantaine de chariots, partirent de Creil de bon matin pour aller réquisitionner de nouveau sur la route de Clermont.
Dès que les Allemands eurent dépassé Rantigny, le maire de cette commune se hâta de demander du secours à Clermont, au moyen du télégraphe que, contre son habitude, l'ennemi avait négligé de couper; mais la population, dispersée dans les marais, n'attendit pas l'arrivée des renforts pour commencer la fusillade; les premiers coups de feu blessèrent un uhlan saxon et coûtèrent la vie à un habitant inoffensif.
Cependant la nouvelle de la marche de l'ennemi avait été bientôt connue à Clermont, où on avait battu lagénérale et sonné le tocsin.
Les mobiles de la Marne, suivis des gardes nationaux, se précipitent avec un élan remarquable et un enthousiasme trop peu contenu au-devant de l'ennemi, qu'ils rencontrent à la hauteur de la Maison-Blanche.
Attaqués de tous côtés par les forces disséminées autour d'eux, les éclaireurs allemands font promptement demi-tour et se replient au galop sur le gros de la troupe, qui, resté en arrière, s'abritait derrière ses voitures, placées à la hâte en travers de la route, à la hauteur du hameau de Senecourt.
Rejoint et serré de près, l'ennemi se retire sur Liancourt, où il essuie encore le feu des gardes nationaux embusqués dans les bois et les marais; poursuivi jusqu'aux abords de Monchy-Saint-Eloi, il rentre à Creil, en bon ordre il est vrai, mais moins nombreux qu'il n'en était parti.
Cinq fantassins de la garde prussienne, qui réquisitionnaient à outrance dans un moulin, furent surpris dans cette besogne et faits prisonniers : dirigés sur Clermont, ils y entrèrent vers une heure de l'après-midi, et la vue de cette capture excita un vif enthousiasme.
De notre côté, il y avait eu deux victimes parmi les habitants de Liancourt et de Monchy-Saint-Eloi.
Tandis que la ville de Clermont s'armait et que plusieurs milliers de gardes nationaux venus des communes voisines faisaient leurs préparatifs pour repousser l'attaque prévue pour le lendemain, il arrivait à Creil de nouveaux renforts qui allaient changer la situation.
Le capitaine de Massow ayant rendu compte de l'accueil fait à ses fourrageurs, la division de cavalerie saxonne reçut dans la nuit du 25 au 26 septembre l'ordre de se diriger sur Chantilly, pour assurer d'une manière plus efficace le ravitaillement de l'armée de siège.
Cette division, commandée par le général-major comte de Lippe , était détachée du corps auquel elle appartenait, et placée sous le commandement direct du quartier général de l'armée de la Meuse.
On lui avait adjoint provisoirement le bataillon de fusiliers du 2e régiment à pied de la garde prussienne (major de Kropff), qui fut suivi peu de temps après par les autres bataillons du même régiment.
Le comte de Lippe était chargé de réquisitionner et d'étendre son rayon d'occupation dans le nord, de tenir constamment rempli le magasin de Chantilly, et de rétablir les embranchements du chemin de fer de Creil à Compiègne, Clermont et Beauvais.
Parti des environs d'Annette et de Thorigny à la réception de cet ordre, le comte de Lippe, accompagné de l'état-major de sa division, du 17e régiment de uhlans et de quatre pièces d'artillerie, atteignit Chantilly dans la matinée du 26; en même temps il détachait à Senlis la 24e brigade (général-major Senfft de Pilsach ), tandis que le régiment de dragons de la garde saxonne (major de Funcke ), avec une section d'artillerie à cheval, se portait rapidement sur Creil pour soutenir le capitaine de Massow, qui ne paraissait pas très rassuré.
Vers quatre heures du soir, ce dernier détachement arrivait à Creil au moment même où les fourrageurs, suivis de près par les gardes nationaux de Liancourt, venaient de rentrer dans la ville.

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boite verte Prise de Clermont (27 septembre)

Persuadé que nous occupions en force les hauteurs de la rive gauche de l'Oise, le major de Funcke s'était concerté avec le capitaine de Massow pour une attaque qu'ils devaient faire ensemble le lendemain; mais dans la soirée même il fut informé que la marche sur Clermont serait continuée le 27, et que le général major Krug de Nidda arrivait avec le reste de la 23e brigade et prendrait lui-même le commandement de la colonne.
La nouvelle de l'arrivée de ces renforts parvint à Clermont dans la soirée du 26.
Le commandant des mobiles de la Marne ayant contrôlé ces renseignements, s'assura qu'il aurait à se mesurer avec un ennemi supérieur en nombre, muni d'artillerie, et contre lequel il ne lui serait pas possible de lutter avantageusement.
Conformément aux instructions qu'il avait reçues, il quitta la ville pendant la nuit, malgré les habitants, et se retira par Bresles et Saint-Just sur Breteuil, où il arriva dans la soirée du lendemain.
Le 27 septembre, dès six heures du matin, les gardes nationaux d'Angy, de Mouy et de Cauvigny, auxquels s'étaient joints des habitants des communes voisines énergiquement résolus à défendre leurs foyers, se portaient dans la direction de Liancourt.
Arrivés sur les hauteurs d'Ars, ces braves gens s'y arrêtèrent: ignorant le départ des mobiles de la Marne et n'ayant reçu aucun ordre, ils attendirent là les renforts qu'ils supposaient devoir arriver et la direction militaire dont ils avaient le plus grand besoin mais ils furent bientôt cruellement déçus dans leur attente, car au lieu du secours qu'ils espéraient, ils ne tardèrent pas à setrouver en présence des éclaireurs ennemis.
Bien que sans appui, ces troupes improvisées engagèrent le feu avec le même entrain que la veille.
Le général Krug, de son côté, était parti de Creil avant le jour, à la tête d'une colonne composée du régiment de dragons de la garde saxonne, de deux escadrons du 18e ublans, du bataillon de fusiliers de la garde prussienne et de quatre pièces d'artillerie, en tout près de 2000 hommes.
Il n'avait laissé à Creil que deux pièces et un escadron, qui avaient pris position au sud de la ville pour la tenir en respect et couvrir la retraite en cas d'insuccès.
Pour cette expédition, le général saxon avait pris des dispositions savantes qui font surtout honneur à la poignée de braves gardes nationaux qu'il avait devant lui.
Il avait réparti ses troupes en trois colonnes : sur la route de Clermont, se portaient un escadron de dragons et une compagnie d'infanterie; dans le défilé à l'ouest de Nogent, marchaient les trois autres compagnies précédées d'un peloton de uhlans; enfin sur la route de Montataire à Rousseloy, s'avançait le général Krug avec la colonne principale, composée de cinq escadrons et de quatre pièces.
La réunion de ces deux dernières colonnes s'opéra bientôt en avant de Rousseloy, et alors l'artillerie prenant position sur les hauteurs situées entre Laigneville et Soutraine, dirigea son feu sur les bois d'Ars, où se trouvaient nos gardes nationaux, puis sur la Poste, sur Rantigny et sur Cauffry, afin de balayer la route de Clermont.
Assaillis par une grêle d'obus auxquels leurs mauvais fusils ne leur permettent pas de répondre d'une manière efficace, nos gardes nationaux sont bientôt dispersés et forcés de gagner la plaine dans toutes les directions.
C'est alors que l'infanterie prussienne, descendue des hauteurs, envahit le village de Rantigny et s'y livre à des actes odieux des maisons sont incendiées à la main, et des habitants inoffensifs lardés à coups de baïonnette.
Pendant ce temps, les cavaliers saxons s'avancent entre Ars et Cambronne pour fouiller le pays; plusieurs habitants d'Angy, qui, sans armes, font néanmoins résolument le service d'éclaireurs, sont assez heureux pour échapper à la mort, (...).
Ils ne sont relâchés qu'après avoir reçu une ample volée de bois vert : mit einer derben Tracht Prugel entlassen.
Ces hauts faits accomplis, l'ennemi continue sa marche deux escadrons et l'infanterie suivent la route de Clermont, le reste dela colonne se dirige sur Cambronne et Auvillers, pour gagner la route de Mouy.
Le général Krug ne s'avance qu'avec précaution et après avoir fouillé le terrain de ses obus.
Sur les hauteurs d'Auvillers, où ils ont essuyé un coup de feu, les éclaireurs incendient une ferme et ses dépendances.
La flamme et la fumée qui s'élèvent en tourbillonnant dans les airs sont aperçues de Clermont et commencent à y jeter l'effroi.
Quelques gardes nationaux se sont avancés imprudemment deux d'entre eux sont massacrés par les coureurs ennemis.
Déjà la colonne principale atteint la route de Mouy; celle qui s'avance par la route de Creil est dans la plaine de Giencourt; les premiers éclaireurs gravissent les collines qui bordent la ville de ce côté; deux curieux qui, à leur approche, essayent de s'abriter derrière des arbres, sont sabrés sans pitié.
Cette scène sanglante s'aperçoit des hauteurs de la ville, et les habitants, convaincus que toute résistance est désormais impossible, arborent le drapeau parlementaire au clocher de leur église.
Au moment où les membres de la municipalité se portent à la rencontre de l'ennemi, une patrouille fait irruption dans Clermont; le porte-épée de Sporcken, qui la commande, déclare au maire qu'il le retient comme otage, qu'il le fera fusiller et brûlera la ville, si un seul coup de feu est tiré contre sa troupe: menace que les Allemands ne manquaient jamais de proférer et qu'ils mirent trop souvent à exécution.
A midi, le général Krug fit son entrée dans la ville à la tête de ses troupes il était suivi d'une soixantaine de chariots destinés à emporter les réquisitions: farine, blé, avoine, paille, fourrages, riz, sel, café, vin et tabac, furent entassés sur ces voitures, et lorsque les Allemands eurent pris le repas que les habitants furent forcés de leur porter aux endroits désignés, ils repartirent par la route de Creil, emmenant plusieurs notables comme otages.
Une arrière-garde de deux escadrons et de deux pièces, sous les ordres du major de Schnehen fut laissée à Clermont pour enlever et escorter les réquisitions.
Les pertes de l'ennemi dans cette journée ayant été nulles ou insignifiantes il est sans excuse pour les meurtres et les incendies dont il a marqué son passage.
Quant aux quatre-vingts Français tués qui auraient été trouvés sur le champ de bataille: Achtzig todte Franzosen auf dem Schlachtfelde gefunden, c'est heureusement là une fable inventée à plaisir par l'historiographe de la garde prussienne.
Après le départ des Allemands, les habitants de Clermont s'abandonnaient à l'espoir d'en être pour longtemps délivrés; mais leur joie devait être de courte durée, car le 29 la ville fut occupée définitivement par le régiment de dragons de la garde qui avait pris part à l'expédition de l'avant-veille, et par une section d'artillerie.
En rentrant à Clermont, le major de Funcke, chef des dragons saxons, renouvela la menace de ruiner la ville au premier acte d'hostilité c'était la formule préparée par laquelle les Allemands commençaient invariablement leurs discours; les simples soldats avaient, eux aussi, leurs phrases comminatoires, et l'on ne peut se figurer le luxe de précautions dont s'entouraient ces vainqueurs au milieu de populations atterrées et sans armes.
Après avoir pris possession de Clermont, le major de Funcke fit détruire le télégraphe, et prescrivit une série de mesures minutieuses un poste d'une trentaine d'hommes, commandés par un officier, fut établi à la gare; un poste semblable placé à la bifurcation des routes de Beauvais et d'Etouy; celles de Mouy et de Creil furent gardées avec le même soin et parcourues par de nombreuses patrouilles; le passage sur ces routes était strictement défendu aux habitants, et la circulation interdite dans la ville à partir de neuf heures du soir.

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boite verte Occupation de Beauvais (30 septembre)

Tandis que Clermont recevait une garnison saxonne, le général Senfft dirigeait sur Beauvais sa brigade renforcée de deux bataillons du 2e régiment à pied de la garde prussienne.
Parti de Senlis le 29 septembre, ce détachement arriva le 30, vers onze heures du matin, aux portes de Beauvais.
Outre qu'elle avait perdu ses remparts, la ville de Beauvais, évacuée par les autorités militaires, n'avait aucune troupe régulière à opposer à l'envahisseur; le préfet lui-même l'avait quittée la veille, et la municipalité, dépourvue de moyens de défense, dut inviter la population à s'abstenir de toute attaque.
En présence d'une telle attitude, le colonel de Standfest, chef du 3e régiment de dragons saxons et commandant du détachement, ne pouvait guère prendre les allures d'un conquérant; aussi s'annonçat-il comme un honnête pourvoyeur qui venait faire des provisions, promettant de payer tout ce qu'il prendrait.
Il engagea les habitants à continuer leur marché, et l'intendance de l'armée de la Meuse fit immédiatement amener et publier un avis par lequel elle informait les cultivateurs des achats qu'elle désirait faire et des prix qu'elle entendait payer.
Par ces cauteleuses promesses, qui ne devaient pas être longtemps suivies d'effet, les Saxons espéraient faire de Beauvais un centre de ravitaillement sans s'exposer à soulever les populations, ce qui aurait pu avoir pour eux de graves inconvénients, car ils se trouvaient isolés, en flèche et hors de la portée de tout secours, au milieu d'une ville de près de quinze mille habitants.
Pour prévenir ce danger, le colonel de Standfest fit publier partout une proclamation, en dix articles, dans laquelle il faisait connaître, entre autres choses, que toute attaque faite par surprise aurait pour conséquence l'incendie du lieu, et que les communes étaient rendues responsables de tout acte d'hostilité commis sur leur territoire.
La responsabilité des communes avait été indiquée par Napoléon Ie comme un des grands moyens moraux à employer pour maintenir dans l'obéissance les pays conquis; les Allemands allaient appliquer ce principe avec la dernière rigueur, et nous ne verrons que trop souvent les populations punies par le meurtre, le pillage et l'incendie, pour des faits de guerre qu'elles ne pouvaient ni moralement ni matériellement empêcher.

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boite verte Reconnaissance des Saxons sur Breteuil (1e octobre)

A peine installés, les Saxons poussèrent en avant de fréquentes patrouilles, afin de s'éclairer dans les principales directions.
Le 1e octobre, une reconnaissance, composée d'un escadron des dragons de la garde sous les ordres du capitaine de Klenck, partit de Clermont sur Breteuil.
Cette dernière ville avait alors comme garnison un bataillon de marche du 43e de ligne, le 2e bataillon des mobiles de la Marne et le 4e de la Somme.
En outre, la gare était occupée par un autre bataillon de mobiles.
Connue à Breteuil vers midi, l'approche de l'ennemi y causa une alerte des plus vives; plusieurs compagnies prirent les armes et se rendirent à leurs positions de combat; mais les dragons, après avoir observé quelque temps nos avant-postes et reconnu le terrain, tournèrent bride sans avoir été inquiétés.
En passant à Saint-Just , le capitaine de Klenck annonça l'arrivée pour le lendemain d'un détachement de 5000 hommes et de deux batteries, pour lesquels il fit préparer le logement.
Ce stratagème, très-familier aux Allemands, était alors peu connu de nos troupes ; en apprenant cette nouvelle, la garnison évacua Breteuil .
On était tellement persuadé que la ville serait occupée le lendemain par la colonne ennemie annoncée à Saint-Just , que l'on fit sauter derrière nos soldats le viaduc de Courcelles, sans prendre même le temps d'évacuer le matériel du chemin de fer, qui tomba plus tard entre les mains de l'ennemi.
Le 2 octobre, les Saxons revinrent en effet, mais fort peu nombreux, et, après s'être assurés du départ des troupes françaises, ils reprirent la route de Clermont .
Ainsi, au commencement d'octobre, la division de cavalerie saxonne du comte de Lippe , forte de seize escadrons et de dix-huit canons, et à laquelle on avait adjoint trois bataillons du 2e régiment à pied de la garde prussienne, avait occupé, sans rencontrer de résistance sérieuse, les villes de Senlis, Chantilly, Creil, Clermont, Beauvais , et, étendant peu à peu son rayon d'occupation, couvrait le cours moyen de la rivière de l'Oise.

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boite verte Engagements dans la vallée basse de l'Oise

Pendant ce temps, dans la vallée basse, déjà si éprouvée par le premier passage de l'ennemi, la présence continue de ses fourrageurs avait fait naître une émotion croissante et une indignation mal contenue.
Dès le 21 septembre, le général d'infanterie d'Alvensleben , commandant le IVe corps , qui occupait Saint-Brice , avait lancé ses détachements de réquisition dans la direction de Pontoise et de l'Isle-Adam.
Dans cette dernière ville, les Prussiens, n'étant pas satisfaits des fournitures, brisèrent les portes des habitations et des caves, et se livrèrent à des actes de pillage et de vandalisme qui exaspérèrent la population.
Quelques hommes de cœur, des gardes nationaux mal armés, des volontaires avec leurs fusils de chasse, habitants de Parmain, de l'Isle-Adam , de Valmondois et des communes voisines, résolurent de châtier ces pillards.

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boite verte Embuscade de Stors (23 septembre)

Le 23 septembre, ils dressèrent des embuscades sur la rive gauche de l'Oise, en face du château de Stors, et des fourrageurs prussiens, qui revenaient de réquisitionner à Pontoise, furent surpris à leur retour par une vive fusillade qui leur blessa quelques hommes, entre autres un officier du 71e régiment d'infanterie, chef de l'escorte.
Ils s'enfuirent aussitôt dans toutes les directions, abandonnant treize fourgons chargés et une douzaine de chevaux, que les nôtres s'empressèrent de faire passer sur l'autre rive et dirigèrent sur Beauvais.
Le bruit de cette capture s'étant répandu dans les environs, donna aux habitants l'idée de se défendre d'une façon sérieuse, et les hostilités, ainsi commencées, se continuèrent les jours suivants.

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boite verte Rencontre de Mériel (26 septembre)

Le 26, un détachement du 86e régiment de Schleswig-Holstein s'étant avancé dans la direction du château de Stors, essuya, sur le territoire de Mériel, des coups de feu qui lui blessèrent quatre ou cinq hommes.
A l'Isle-Adam, le génie français avait détruit, dans les premiers jours de septembre, le pont qui relie cette ville au hameau de Parmain; sur la rive droite, à l'extrémité du pont rompu, une cinquantaine de francs-tireurs improvisés élevèrent une barricade pour empêcher l'ennemi de rétablir le passage.

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boite verte Combats de l'Isle-Adam et de Parmain (27-29 septembre)

Le 27 septembre, vers neuf heures du matin, un nouveau détachement, appartenant au 71e régiment d'infanterie prussien et fort d'environ trois à quatre cents hommes, arrivait à l'Isle-Adam, escortant une quarantaine de voitures destinées à de nouvelles réquisitions.
Poussant devant eux le curé et son vicaire, le maire et un autre habitant, qui devaient leur servir de boucliers, les Prussiens marchent vers le pont; mais un feu nourri, parti de la barricade, en renverse plusieurs, épargnant heureusement les nôtres, et force les assaillants à se réfugier dans les rues de la ville, où ils luttent jusqu'à cinq heures du soir.
Ayant reçu dans la journée'quelques renforts avec une section d'artillerie, ils lancent sur Parmain une douzaine d'obus, qui n'y causent que quelques dégâts matériels et ne font aucun mal aux défenseurs.
En présence de l'attitude des francs-tireurs, qui leur tuèrent un homme et en blessèrent huit à dix autres, ils se retirèrent dans la soirée sur leur camp de Saint-Brice, après avoir mis le feu à la mairie et fustigé dans la forêt, à la manière prussienne, une dizaine d'habitants inoffensifs, qui n'avaient commis d'autre crime que celui d'être spectateurs de leur déconvenue.
La résistance opposée par cette poignée d'hommes résolus ne tarda pas à exciter de l'inquiétude parmi les Allemands; le quartier général de l'armée de la Meuse s'empressa de diriger sur l'Isle-Adam un nouveau détachement prussien, commandé par le colonel prince de Hohenlohe, et composé d'un bataillon du 27e d'infanterie, du 1e régiment de uhlans de la garde, et d'une section d'artillerie, avec l'ordre de purger définitivement la contrée.
Le 29, vers midi, une partie de cette colonne arrive à l'Isle-Adam, et recommence, sans plus de succès, la tentative faite le 27 pour enlever la barricade de Parmain; mais cette fois l'attaque de front n'a vraisemblablement d'autre but que d'occuper les francs-tireurs, car, pendant ce temps, le reste du détachement jette un pont de bateaux à Mours, près de Beaumont, et s'apprête à franchir la rivière de l'Oise, pour prendre la barricade à revers.
Nos francs-tireurs, avertis à temps, évacuent leur position, n'ayant fait d'autres pertes, dans ces divers combats, que celles d'un tué et d'un blessé.
Quant à l'ennemi, il avait eu, dans la journée du 29, un chirurgien et deux hommes tués, plus une vingtaine de blessés, dont un officier, appartenant tous au 27e régiment d'infanterie de Magdebourg.

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boite verte Incendie de Parmain (30 septembre)

Lorsque les Prussiens arrivèrent à Parmain, dans la matinée du 30 septembre, ils n'y trouvèrent que des habitants inoffensifs, qu'ils accablèrent de mauvais traitements; une cinquantaine de maisons furent incendiées à l'aide du pétrole, et le village à demi consumé; celui de Nesles fut bombardé, et plusieurs francs-tireurs, pris dans la campagne les armes à la main, furent fusillés à Persan dans la même journée.
L'une de ces victimes était un ancien magistrat, nommé Desmortier, vieillard plus que septuagénaire, dont la bravoure dans un si grand âge aurait désarmé tout autre ennemi.
Pour allier le grotesque au tragique, les Prussiens couronnèrent cette sanglante exécution par un de ces exploits qu'on ne grave pas avec la pointe d'une épée en passant dans une ferme du Val, les fourrageurs font une razzia sur un troupeau de moutons, qu'ils emmènent et essayent de parquer dans une cour de Presles mais ces prisonniers d'un nouveau genre, saisis d'une peur subite, se pressent vers la porte et s'échappent dans la campagne, après avoir bousculé leurs gardiens stupéfaits, qui essayent vainement de les poursuivre.

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boite verte Marche du détachement du prince Albert (fils)

Ainsi, dans les premiers jours du mois d'octobre, les Prussiens occupaient fortement la vallée basse de l'Oise, sillonnant de leurs patrouilles les cantons de Marines et de Magny; le 4, ce détachement fut renforcé par le 3e régiment des uhlans de la garde, et placé sous le commandement du prince Albert (fils).
Le prince Albert devait agir de concert avec le comte de Lippe, et nous suivrons plus tard la marche combinée de ces deux détachements.