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Armée française

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Sources :

  • "La Prochaine Guerre" - L. Seguin, Paris, Boulanger, 1880
  • "Histoire populaire de la guerre de1870-71" - Lt Col Rousset, Paris, Montgredien, 1894
  • "Les transformations de l'armée française" - général Thoumas, Paris, Berger-Levrault, 1887

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Commandement - Infanterie - Cavalerie - Artillerie - Bilan des troupes

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boite verte Commandement :

Aux termes de la Constitution, l'Empereur était le chef de l'armée.
Il en avait le commandement suprême, en choisissait les généraux, et se mettait à sa tête, s'il le jugeait convenable, quand elle entrait en campagne.
Mais, du moins dans le temps de paix, ce commandement ne s'était jamais exercé d'une manière effective. (Rousset_42)

Le ministre de la guerre, de son coté, n'était pas en droit de revendiquer à son profit ce rôle de chef suprême, nominalement. attribué au souverain.
Il dirigeait l'armée, exerçait sur son personnel, son organisation, son instruction, son matériel, sa discipline et son administration une action prépondérante, mais ne pouvait en prendre le commandement. (Rousset_43)

Quant à l'exercice même du commandement, il était assuré par l'existence, auprès des généraux, d'un corps spécial d'état-major, créé en 1819 par le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, et fournissant à la fois les aides de camp et les états-majors proprement dits. Aucun règlement ne fixait les attributions ou les fonctions de l'état-major, en sorte que le service y était uniquement dirigé par les habitudes de chacun, quelques traditions et surtout la routine, qui excluait de parti pris le corps d'état-major de toute participation à la préparation de la guerre, exclusivement réservée aux bureaux du ministère. (Rousset_44_45)

La répartition des troupes sur le territoire ne répondait malheureusement pas aux exigences d'une mobilisation rapide ni à une conception logique de la sécurité nationale.
La France était, depuis 1888 partagée en sept grands commandements, confiés à des maréchaux ou à des généraux ayant commandé en chef, et dont les chefs-lieux étaient placés respectivement à Paris, Lille, Nancy, Lyon, Toulouse, Tours et Alger.
Mais cette institution, dictée par des considérations plutôt politiques que militaires, assurait peut-être, comme le disait le décret impérial de 1888, " l'action des sommités militaires et la cohésion des forces divisionnaires ", sans toutefois qu'il y eût aucun rapport entre ces dernières et les grandes unités de combat.
Chacune de ces grandes circonscriptions, improprement appelées corps d'armée , comprenait un nombre variable de divisions militaires dont le chef exerçait son commandement, purement territorial, sur les troupes qui y étaient stationnées.
Enfin, chaque division était elle-mème partagée en autant de subdivisions qu'ette contenait de départements, les subdivisions ayant à leur tête un général de brigade. (Rousset_46)

Au mois de juillet 1870 l'armée française était composée de la façon suivante :

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boite verte Infanterie :

  Régiments Bataillons Compagnies de guerre Compagnie de depôt
Infanterie de ligne 100 300 1800 600
Voltigeurs 4 12 72 12
Grenadiers 3 9 54 9
Zouaves 3 9 63 18
Zouaves de la garde 1 2 12  
Tirail. algériens (turcos) 3 12 72 12
Régiment étranger. 1 4 32  
Chasseurs à pied. . 20 120 40
Chasseurs de la garde. . 1 8 2
Infanterie légère d'Afrique (zéphyrs) . 3 15 .
Fusiliers de discipline. . . 5 .
Pompiers de Paris ... 1 2 14 .
Garde de Paris 1 2 16 .
Totaux 117 376 2283 695

Les pompiers et la garde de Paris étaient employés à l'intérieur; le régiment étranger, les zéphyrs et les disciplinaires demeuraient ordinairement en Afrique.
Restaient disponibles pour une guerre européenne : 365 bataillons avec 2201 compagnies de guerre.
Chaque compagnie, commandée par trois officiers (4 pour les turcos), pouvait être portée à 150 hommes au maximum.
L'infanterie possédait ainsi des cadres pour 330,000 hommes. (Seguin_8)
En temps de paix, les bataillons étaient à 8 compagnies chacun : mais, en temps de guerre, ils ne comprenaient que 6 compagnies, les deux autres servant à constituer un 4e bataillon de 4 compagnies, et un dépôt de 2 compagnies. (Rousset_53)

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Ces 4e bataillons, groupés en régiments de marche, formèrent le noyau des armées de Chalons, de Paris et de province.
L'effectif d'une compagnie, légalement fixé à 112 hommes, ne dépassait guère 55 en réalité. (Rousset_54)
Chaque homme portait sur lui 90 cartouches, réparties en 10 paquets en outre, chaque bataillon avait avec lui, le suivant partout, une voiture légère chargée d'environ 12000 cartouches.
Cette profusion de munitions a parfois amené du gaspillage; elle a cependant, dans certains cas, permis à l'héroïsme de nos soldats de se manifester par des résistances admirables.
Mais ceux-ci souffraient d'un inconvénient grave; ils étaient trop chargés.
La petite tente-abri, souvenir des guerres d'Afrique, très précieuse dans les camps et la guerre de siège, mais affreusement pesante quand elle est tant soit peu mouillée, augmentait dans des proportions sensibles la charge du soldat, obligé de porter sa maison sur son dos.
Avec tous les accessoires qu'elle comporte, cette charge atteignait le chiffre énorme de 30 kilogrammes, en sorte que, dès qu'il était appelé à combattre, l'homme n'avait rien de plus pressé que de se débarrasser de son sac, afin de conserver, avec l'agilité nécessaire, tous ses moyens d'action.
Cette habitude était devenue si générale, qu'au moment d'entrer en ligne, les officiers donnaient d'eux-mêmes l'ordre de déposer les sacs, en ordre et par tas de quatre qui se soutenaient réciproquement.
Il fallait alors préposer à leur garde quelques sentinelles qui diminuaient d'autant l'effectif; puis, en cas d'insuccès, et c'était là le plus grave, il fallait les abandonner.
Et alors, plus de tentes, plus de marmites, plus de bidons; partant plus de soupe ni de couvertures.
Tout le bénéfice de la tente-abri se trouvait évanoui du coup.
Les Allemands étaient certainement plus pratiques, quand ils cantonnaient leurs troupes et les faisaient nourrir chez l'habitant. (Rousset_55)

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boite verte Cavalerie :

Il existait, au début de la campagne de 1870, 63 régiments de cavalerie (+ garde de Paris), répartis,comme on disait alors, en cavalerie légère (chasseurs et hussards), cavalerie de ligne (dragons et lanciers) et cavalerie de réserve (cuirassiers et carabiniers). (Rousset_57)

La cavalerie comprenait :

  Régiments Escadrons de guerre Escadrons de depôt
Cuirassiers 10 4x10=40 10
Cuirassiers de la garde 1 5 1
Carabiniers (garde) 1 5 1
Dragons 12 4x12=48 12
Dragons de la garde 1 5 1
Lanciers 8 4x8=32 8
Lanciers de la garde 1 5 1
Chasseurs 12 5x12=60 12
Chasseurs de la garde 1 5 1
Hussards 8 5x8=40 8
Guides (garde) 1 5 1
Chasseurs d'Afrique 4 5x4=20 4
Spahis 3 5x3=15 3
Gendarmerie d'élite . 1 .
Garde de Paris 1 4 .
Cent-Gardes . 1 .
Totaux 63 + 1 271 + 20 63

Les régiments de cavalerie légère, ceux de la garde, les chasseurs d'Afrique et les spahis avaient 5 escadrons de guerre ; les autres, 4.
La garde de Paris et la gendarmerie d'élite servaient à l'intérieur; les spahis ne fournissaient hors d'Algérie que quelques détachements.
Restaient disponibles 271 escadrons, soient à 150 hommes par escadron : 40650 cavaliers. (Seguin_9)
La cavalerie, atteinte plus que les autres armes par les réductions budgétaires, n'avait que des effectifs insuffisantset des chevaux médiocres.
Au lieu de 7 officiers,164 hommes et 150 chevaux, chiffres réglementaires, elle ne put, et encore à grand'peine, mobiliser dans chaque escadron que 6 officiers, 120 hommes et105 chevaux. (Rousset_60)
A la déclaration de guerre, les 63 régiments de cavalerie pouvaient mettre en campagne environ 31500 chevaux, en en laissant dans les dépôts à peu près 12,000.
En admettant, comme proportion nécessaire, que la quantité de cavalerie à attacher aux armées doive être environ du cinquième de l'infanterie, on voit que le nombre de chevaux disponibles ne permettait pas d'atteindre ce chiffre.
Les chevaux étaient beaucoup trop chargés. Le harnachement, très compliqué alors, pesait en effet 22 kilos l'habillement, l'armement, le campement et les vivres, 68 kilos le cavalier, 65 kilos en moyenne. Au total, 155 kilos environ, poids avec lequel il est malaisé de parcourir chaque jour, et à toutes les allures, un nombre de kilomètres quelque peu important.
La cavalerie française se trouvait donc, en 1870,dans un état d'infériorité sensible, au triple point devue de l'instruction, de la remonte et du nombre. (Rousset_61)

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boite verte Artillerie :

Depuis 1867, l'artillerie comprenait :

- 15 régiments à huit batteries montées(1), trois batteries à pied et une de dépôt;
- 1 régiment à six batteries montées;
Soit (15*8) + 6 = 126 batteries montées
et (15*4) = 60 batteries à pied.

- 4 régiments à sept batteries à cheval (2) avec une batterie de dépôt;
- 1 régiment à six batteries à cheval.
Soit (4*8) + 6 = 38 batteries à cheval.

Les batteries montées et à cheval attelaient elles-mêmes leurs pièces, leurs caissons et leurs voitures.
Mais les batteries à pied ainsi que les différents parcs étaient attelés par les soins d'une troupe spéciale, dénommée train d'artillerie, dont il existait, dans la Garde, 1 escadron à 2 compagnies, et dans la ligne, 2 régiments à 12 compagnies chacun. (Rousset_62)

Le nombre total des batteries de combat existant en France (pour l'armée de terre) était donc de 164, dont 38 à cheval, pouvant servir 984 bouches à feu.
Ce nombre était insuffisant, car déjà en 1806, Napoléon évaluait à un millier de bouches à feu attelées la quantité nécessaire à la France.
En 1841, le maréchal Soult, alors ministre de la guerre, s'empressa de relever à 1,200 le chiffre des pièces attelées.
On admettait à cette époque, comme maximum extrême de la proportion d'artillerie, 2 pièces et demie par mille hommes.
Ce total de 984 pièces ne fut pas expédié à l'armée du rhin : sur 164 existantes, 10 étaient restées en Algérie et à Rome.
On ne mobilisa donc que 924 pièces dont 12 de montagne. (Rousset_62)
En admettant 25 hommes par pièce et 150 par batterie, cela donne environ 24000 artilleurs.
La batterie compte parfois plus, souvent moins de 25 hommes par pièce. En fait 90 et même 80 hommes suffisent à traîner et à servir 6 pièces de canon ;
et sur le champ de bataille 6 pièces servies par 90 hommes produiront plus d'effet que 5 pièces servies par 120 hommes.
C'est donc le nombre des bouches à feu plutôt que celui des hommes, qu'il importe de connaitre.
De l'artillerie dépendaient encore : un régiment de pontonniers à 14 compagnies et 2500 hommes ;
10 compagnies d'ouvriers, 6 d'artificiers, 1 d'armuriers, deux régiments du train d'artillerie à 16 compagnies chacun, et un escadron du train de la garde. (Seguin_9)

(1) Les batteries montées transportent leurs servants sur les coffres des caissons.
(2) Les batteries à cheval n'ont que des servants à cheval.

Consulter la page : Artillerie française

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boite verte Bilan des troupes :

Le génie comprenait :

3 régiments à 2 bataillons de 8 compagnies dont deux de dépôt :
Soient 6 bataillons et 36 compagnies actives ou 5400 hommes.
Plus une compagnie d'ouvriers et deux compagnies de pionniers de discipline. Ces deux compagnies étaient considérées comme de l'infanterie.

En résumé, l'armée de campagne au grand complet aurait compris :

Soient 402000 combattants avec 960 canons. (Seguin_10)

A ces troupes s'ajoutait l'infanterie de marine :
4 régiments ou 12 bataillons et 72 compagnies.
Ce qui portait à environ 412000 hommes, au maximum, le nombre de combattants que la France pouvait jeter hors de sa frontière en supposant les effectifs au grand complet. (Seguin_10)

Comme armée de seconde ligne il serait resté, sans parler des troupes de dépôt :

(1) 3 étaient en Algérie.

En outre, une partie des batteries à pied avaient été transformées en batteries de mitrailleuses.

Plus environ 23000 douaniers et 5000 gardes forestiers qui, en cas de guerre, passaient sous la direction du ministre de la guerre.
Les batteries à pied pouvaient immédiatement garnir les places; la garde de Paris était en état de marcher au premier signal, si on le voulait; mais les autres troupes n'étaient nullement prètes au service de campagne. (Seguin_10)

En Algérie, il restait :
7 bataillons ou 52 compagnies actives (54) avec les pionniers de discipline ;
3 régiments ou 18 escadrons de spahis ;
3 batteries à pied ;
4 compagnies de gendarmerie ;
Les douaniers et les forestiers.
Soient environ 12 à 13000 hommes dont 8000 fantassins, 3000 cavaliers et 500 artilleurs. (Seguin_11)

La garde mobile devait former 300 à 350 bataillons et 200 batteries.
Mais on n'avait pas encore eu le temps de l'organiser, (...).
Quelques bataillons seulement étaient formés : très peu étaient habillés ; aucun n'était armé.
Au début d'une guerre, la garde mobile ne pouvait rendre aucun service. (Seguin_11)

La garde nationale sédentaire existait seulement dans quelques villes.
Armée de fusils à percussion, recrutée presque exclusivement parmi les classes qui pouvaient se racheter du service militaire, elle n'avait aucune expérience du maniement des armes, et pouvait à peine faire le service intérieur des places. (Seguin_11)

Pour remplir les cadres de son armée, la France, d'après la loi militaire de 1868, avec ses dispositions provisoires, fournissait neuf contingents de 100000 hommes; le service était de cinq ans dans l'armée active et de quatre ans dans la réserve.
6000 hommes, pris sur le contingent, étaient attribués au service de la marine : restaient 94000 hommes.
Neuf contingents de 94000 hommes, défalcation faite des pertes quotidiennes (morts, déserteurs, condamnés, etc.), devaient donner plus de 660000 hommes.
En y ajoutant les officiers, les engagés volontaires, les étrangers, les Algériens, on aurait dû arriver au total de 700000 hommes. (Seguin_12)

Mais la loi sur le remplacement militaire, et sur la caisse de la dotation de l'armée, avait établi qu'en payant là l'état une somme fixée par le ministre de la guerre - 2500 francs en temps ordinaire - on était absolument exempt de tout service.
L'état, en échange de la somme versée, se chargeait d'enrôler un remplaçant choisi parmi les soldats qui avaient achevé leur temps de service, et qui consentaient à se rengager, moyennant certains avantages pécuniaires.
Mais par suite de l'accroissement de l'aisance générale, le nombre des rachats augmentait chaque année, et l'attraction des carrières civiles, mieux rétribuées, diminuait le nombre des rengagements.
De là un déficit, de plus en plus grand sur les contingents, déficit qui, lorsque fut modifiée la loi sur le remplacement, se chiffrait par une quarantaine de mille hommes pour les 7 contingents qui, avant 1868, composaient l'armée française. (Seguin_12)

Les cadres de l'armée active, de l'artillerie à pied et des troupes cantonnées en Algérie pouvaient contenir 402000 + 12000 + 6000 ou 420000 des 660000 hommes qui restaient à la disposition de l'état.

Le service des remontes et du recrutement, des hôpitaux et des prisons militaires, les gardes d'artillerie et du génie, les ouvriers, artificiers, armuriers, etc., les compagnies hors rang, le train d'artillerie, les équipages militaires, les musiciens, les cadres des dépôts, l'intendance, les administrations, les hommes en punition absorbaient 90000 hommes.
Il y avait toujours au moins 50000 hommes dans les hôpitaux ou en congé de convalescence : restaient environ 100000 hommes à verser dans les dépôts (660000 - 420000 - 90000 - 50000).

Mais, gràce à la coutume de ne faire partir qu'à la fin de l'année dans laquelle ils ont tiré au sort les conscrits du dernier contingent, toute une classe, c'est-à-dire plus de 90000 hommes, n'avait pas encore été incorporée au mois de juillet et ne possédait aucune instruction militaire.
En portant au chiffre de 420000 hommes l'armée d'opération, les garnisons de l'Algérie et l'artillerie des forteresses, on aurait laissé les dépôts absolument vides. (Seguin_13)

On n'avait pas encore adopté le système de recrutement, dit régional, pour la réserve.
Les conscrits étaient, autant que possible, dispersés dans tous les corps, et les hommes de la réserve devaient aller rejoindre les régiments où ils avaient servi.
On vit des Alsaciens obligés d'aller chercher en Afrique le dépôt de leur régiment, alors que leur régiment arrivait sur le Rhin.
De là l'immense désordre qui signala le début de la guerre et la faiblesse des corps portés hâtivement sur la frontière. (Seguin_14)