Les camps et l'instruction militaire

Par des extraits de récits de soldats, on peut retracer le quotidien du soldat en campagne.




(dessin de Bombled 1895)



- Emploi du temps de l'entrainement au camp :



(dessin de Carrey (?) 1900)
  " 6h : lever
- 7h 1/2 : exercice
- 10h : soupe
- 11h 1/2 : appel de propreté (10 mn)
- 12h : appel sérieux et exercice
- 16h : soupe, puis liberté
- 20h 30 : appel, prière, bénédiction, coucher "

(Souvenirs de mon bataillon, Marquis de Salles,
1895, caporal aux volontaires de l'Ouest)
 



- Formation des mobiles, manque de discipline :


(dessin de Bombled 1895)
  " Nous portons tous l'uniforme au complet, nous sommes armés du fusil à tabatière, et grâce aux quatre heures d'exercices qu'on nous fait faire par jour, nous commençons à exécuter assez passablement les divers manoeuvres de l'école du soldat et de l'école du peloton.
La discipline gagne journellement du terrain; mais hélas ! il nous reste encore bien du chemin à faire pour arriver à cette obéissance passive, à cette entière soumission au service qui distinguent les vrais militaires ! Il y a parmi nous bon nombre d'hommes qui ne se croient pas soldats du tout et qui attachent à l'épithète de "garde mobile" une signification tout autre que celle que lui attribue le récent décret nous mettant sur le pied d'activité.

 

Sévit-on durement, consigne-t-on le quartier ou ordonne-t-on une corvée plus ou moins agréable, il s'élève aussitôt et de bien des côtés, des plaintes, des murmures, des marques de mauvaise volonté qui parfois se traduisent tout haut d'une façon très significative, même en présence des supérieurs de tout grade.
La plupart de nos chefs, étaient, en arrivant à Belfort, aussi ignares dans l'art militaire que le dernier des soldats qu'ils allaient avoir à commander; il suffisait alors, pour porter dans la garde mobile l'épaulette ou au moins les galons, de savoir lire, écrire et calculer, et d'avoir fait auprès du gouvernement les démarches nécessaires pour l'obtention d'un brevet d'officier ou de sous-officier, qui presque toujours était aussitôt octroyé que sollicité.
Nos jeune chefs, encore inexpérimentés et entièrement novices dans les nouvelles et difficiles fonctions qui leur sont dévolues, ne parviennent pas, à se faire écouter, obéir et respecter comme il serait désirable qu'ils le fussent. Le manque de condescendance envers les supérieurs est d'autant plus manifeste et apparent que nos jeunes compagnies se composent presque exclusivement de jeunes gens d'un même canton, se connaissant pour la plupart et, partant, s'estimant tous égaux les uns aux autres. Ces hommes n'ont aucune idée de ce que c'est que la hiérarchie militaire, et tel individu ayant pour sergent son plus proche voisin, pour lieutenant un ancien camarade de classe, et ainsi de suite, il résulte de cette intimité que le supérieur n'ose parfois ni réprimer, ni rappeler son subordonné au devoir aussi vertement qu'il devrait le faire, et que de son côté, le soldat reçoit, tantôt en souriant et en haussant les épaules, tantôt la menace à la bouche et les poings fermés, les observations que lui adresse son chef. " (Guerre de 1870 - 1871, E. Gluck, 1873)



- les conditions de la vie dans les camps sont quelquefois très mauvaises :



(dessin de M. Pallandier (?) 1900)

" Le séjour au camp de Saint-Sigismond devenait intolérable; la pluie ne discontinuait pas. Nous étions campés depuis une douzaine de jours dans un champ labouré, aux portes du village, presque sans paille, presque sans bois. Afin de nous procurer du combustible, des corvées partaient pour deux jours et ramenaient de la forêt d'Orléans des chargements de bois vert, qui ne flambait pas, mais qui, en revanche, nous aveuglait de fumée.
Sous les tentes, tout baignait dans la boue. Nous passions la plupart des nuits assis sur nos sacs, la tête entre les genoux, et nous nous levions le matin un peu plus fatigués que la veille. Les fusils aux faisceaux, étaient dans un état déplorable; exposés le jour et la nuit à la pluie, la rouille les pénétrait, malgré nos soins, dans leurs parties essentielles; à chaque prise d'armes, il fallait arracher les crosses d'une boue épaisse et malpropre. Nous n'avions rien de sec, ni sur nous-mêmes, ni dans nos sacs pour nous changer; l'humidité pénétrait tout, il fallait avoir une santé de fer pour résister. Ah ! quelle funeste idée avaient eu nos chefs de nous imposer un pareil campement ! Chaque matin, il partait du régiment pour les ambulances jusqu'à 30 et 40 malades; c'était grand'pitié ! Le camp, aussi, offrait de singulières curiosités; à certains endroits on voyait émerger du sol, soit une jambe de cheval, dont le sabot ferré s'élevait à un pied de terre, soit une queue de crin, triste plumet souillé par la boue; épaves qui dénotaient qu'on avait enfoui dans ce coin du champ de bataille de Coulmiers les cadavres de chevaux, sans se donner la peine de creuser la terre assez profondément. " (Souvenirs d'un mobile de la Sarthe, D. Erard, 1907).



Intérieur de la tente conique d'un camp
(dessin de Montaut et Sahib, 1870)